| |
Derrière les génocides du Rwanda et du Darfour, la famine en Somalie, la sécheresse du Sahel n’est pas mal placée au classement des fléaux du monde même si on ne sait pas toujours de quelle partie d’Afrique il s’agit. Les dictionnaires vous diront que le mot signifie « orée », ou encore « frontière ». Or le Sahel, qui ignore les frontières des hommes, sépare le désert aride et les régions tropicales qui le bordent au sud. Cet équilibre géographique pourrait se rendre accueillant à l’homme si l’eau, source de vie et de vraie richesse, n’y devenait de plus en plus rare. SOS Sahel, organisation non gouvernementale, œuvre depuis trois décennies pour faire reculer le phénomène de désertification qui frappe partiellement et sans distinction le Cap-Vert, le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Soudant, l’Ethiopie et l’Erytrée. Exposé pendant trois mois sur les grilles du Sénat, le travail monumental réalisé par Roberto Neumiller pour SOS Sahel, donne une image assez vaste pour faire place au constat d’un problème urgent et à l’espoir qu’il suscite.
La Sécheresse défiée sur le terrain
On ne verra pas sur les grilles du jardin du Luxembourg d’images dures d’enfants malnutris ou de carcasse de bétail pourrissant au soleil. Les photographies de Roberto Neumiller pourraient même donner l’impression de sortir d’un magazine de voyage hors sentiers battus. Ces images sont belles, elles nous montrent sous un ciel bleu, une population active et soignée, des enfants scolarisés, et des paysages qu’on ne peut s’empêcher de trouver magnifiques.
Ce sahel-là ne ressemble en rien à ce que Marc Francioli découvrait en 1974. journaliste, écrivain, aujourd’hui président de SOS Sahel International France, Francioli est sans doute une des personnes les mieux placées pour mesurer de ce qui a été accompli contre la famine, la maladie et la sécheresse et ce qui reste à accomplir. Roberto Neumiller ne pouvait avoir de meilleur guide pour ce tour du Sahel en 80 jours, sur sept mois en cinq voyages.Face au trente années d’Afrique de Francioli, l’expérience d’un reportage de Neumiller sur les sans lumière du Mali pour ça m’intéresse ne pesait pas lourd et le regard neuf du photographe intéressait le président de SOS Sahel. Partenaire bénévole d’une campagne humanitaire, Neumiller goûtait une liberté d’action que les campagnes corporate lui mesurent habituellement. Équipé de son Leica et de 200 films Reala en partie offerts par Fujifilm France, Neumiller couvre un sujet haut en couleurs, sans forcer le trait de la menace toujours présente du manque d’eau et de ses corollaires la famine et l’exode.
L’objectif de cette vaste campagne visait moins à sonner une alarme qui résonne dans tous les discours écologistes sur le réchauffement de la planète qu’à promouvoir l’action en cours de SOS Sahel, depuis sa fondation en 1976 sous le patronage de Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal. Organisation satellitaire, SOS Sahel International regroupe plusieurs ONG indépendantes, établies dans les pays su Sahel et dans les pays d’Europe impliqués dans le même effort, en France, en Grande-Bretagne et au Luxembourg. Pour SOS Sahel International France, le travail de Francioli et de Neumiller est une opération blanche, sans coût ni recettes, soutenue par le bénévolat et la participation de partenaires.
|
|
plusieurs ONG indépendantes, établies dans les pays du Sahel et dans les pays d’Europe impliqués dans le même effort, en France, en Grande-Bretagne et au Luxembourg. Pour SOS Sahel International France, le travail de Francioli et de Neumiller est une opération blanche, sans coût ni recettes, soutenue par le bénévolat et la participation de partenaires.Le premier bénéfice consiste dans la publication d’un beau livre vendu au profit de l’ONG et la lisibilité d’une exposition géante au cœur de Paris. Sur le long terme, Roberto Neumiller cède ses droits sur 500 photographies, fonds d’une banque d’images destinée à servir la communication de SOS Sahel International France. Pour la seule exposition sur les grilles du Luxembourg, Canon et Picto ont conjugué leurs efforts : les 80 tirages réalisés par Picto Bastille inauguraient le procédé d’impression jet d’encre de l’imprimante grand format iPF9000 Canon, avant leur collage sur Dibond à Picto Défense.
Les parcours imprévisibles de Neumiler
Professionnel et titulaire d’une carte de presse, Roberto Neumiller n’en est pas moins atypique. La photographie le touche comme un coup de foudre en 1975, et suscite l’achat d’un Leica M3 d’occasion équipé d’un Summicron 50 mm qui l’outil de départ d’un autodidacte admirateur d’Irving Penn, de Richard Avdon. À l’occasion peintre et sculpteur, Neumiller ne cache pas son goût pour les deux genres les plus classiques de la photographie, le paysage, de préférence vierge et sublime comme ceux que lui offrent sans compter le massif du Vercors, et le portrait qu’il affectionne en pied, à la manière d’August Sander, troisième grand maître vénéré. Le reportage reste accessible à ce contemplatif qui couvre au premier rang quelques événements non négligeables, au nombre desquels on notre le coup d’état des généraux turcs en 1980, les dernières années du règne Duvallier en Haïti, la chute du mur de Berlin en 1989 et le Noël sanglant de Timisoara la même année. Roberto Neumiller ne fera qu’un très bref passage en agence de presse. Jaloux de sa liberté d’artiste, il choisit définitivement d’être indépendant, au prix de quelques commandes institutionnelles de plaquettes ou rapport annuels. Si elles n’intègrent pas le circuit des galeries, les images de Roberto Neumiller se retrouvent dans les livres qu’il publie régulièrement aux éditions Glénat : Carnet de Bistrots (1980), Voyage (1982), Le Livre du Vercors (1984), Rhône-Alpes (1985), Grenoble (1986), Couleurs de Rhône-Alpes (1992), Vercors Images Intimes (2006). Libre, Neumiller l’est aussi face au matériel qu’il aime changer. Le numérique s’est heurté à plus fort que lui : après trois mois d’essai, Neumiller a revendu son matériel et ses pixels. Si le Leica du Sahel a suivi le même chemin, c’est pour permettre l’acquisition de la chambre Gandolfi Variant 20x25 avec laquelle Roberto Neumiller revient obstinément au Vercors, au paysage et au portrait. Il lui arrive de plus en plus à songer à l’Afrique, sans préjuger du format.
|
|