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Un regard de
Roberto Neumiller
Comment s'est passé ce long reportage ?
Cinq séjours dans les différents pays du Sahel, 20 000 km au total, un demi-tour du monde, en 80 jours, et quelques 3 000 photos, ce qui est assez peu pour un photographe professionnel. Mais, j'en profite, si vous le permettez, pour remercier Fuji Films, qui m'a bien aidé dans cette aventure en me cédant des pellicules tout à fait adaptées au climat et à la lumière de ces pays. Il s'est avéré important, par ailleurs, que j'ai une longue pratique de la photo de presse, car nous avons parfois été confrontés à des contraintes de temps extrêmement difficiles : un quart d'heure de rendez-vous, par exemple, pour un portrait, après 800 km de pistes ! Enfin, j'ai surtout été frappé par l'accueil très émouvant des gens vis-à-vis de SOS SAHEL, de ces femmes qui s'étaient faites belles malgré la dureté de leur vie.
Est-ce qu'on peut photographier la misère ?
Oui, sinon il faut changer de métier. Oui, et à condition de le faire avec humanisme, avec déontologie, en se posant des tas de questions. Mais le photo-journalisme est un médium. Il peut faire passer un message. Si vous prenez, par exemple, en photo des enfants enchaînés, vous devenez une sorte d'avocat. Grâce à la photo, cette honte, cette souffrance vont peut-être s'arrêter.
Etre accroché sur les grilles du Jardin du Luxembourg constitue-t-il pour vous une référence ?
Présenter son travail à plusieurs millions de visiteurs, c'est forcément une consécration. Mais c'est aussi une prise de risque professionnelle...
Propos recueillis par le journaliste Jean-Louis Saux