Présentation
Autour de mes images
Revue l'Alpe Texte de Monsieur jean Guibal. Conservateur en chef du Musé Dauphinois.
Magazine Le Photographe
Texte de Monsieur Hervé Le Goff
rédacteur du magazine
Catalogue de l'exposition
" Inventaire de plein pieds"
Texte de Madame Isabelle Lazier Conservatrice Patrimoine du Conseil Général de l'Isère

Magazine les Affiches de Grenoble
Texte de Monsieur Jean-Louis Roux
journaliste du magazine


Magazine Geo France
Texte de Monsieur Micchel Bessaguet
journaliste du magazine
Texte de Monsieur Jean Guibal



De " festival du réel" en photographie dite "sociale". Les artistes de l'image semblent découvrir les vertus de l'exploration du quotidien. Le mouvement est certes ancien (d'aucun voudraient le dater de l'invention de l'instantané) mais il prend aujourd'hui l'ampleur d'un genre d'expression, sinon d'un art. On ne compte plus les incursions photographiques au coeur des méandres de la société, et souvent de ceux qui sont réputés les plus marginaux. Les rapports qu'entretiennent la photographie et l'ethnographie sont anciens. L'une et l'autre apparaissant au même moment et participant ensemble de la découverte des cultures à l'échelle de la planète ; l'une et l'autre ayant prétention de ramener du "terrain" des données brutes, sources potentielles pour la connaissance ou oeuvres d'art ; l'une et l'autre se voulant proches dans leurs objectifs d'observations, proches dans la démarche descriptive, sinon dans ses résultats :" la photographie est aussi une ethnographie", disait déjà le critique Roland Barthes. Les ethnographes utilisent abondamment la photographie. Ils ne se plaindront donc pas de voir ainsi venir auprès d'eux des observateurs attentifs, doués de surcroît d'une qualité de regard toute particulière et, quelquefois d'une faculté extraordinaire de saisir l'instant en ce qu'il a de plus révélateur de la durée. Ils ne sont pas de trop, les observateurs appliqués de la réalité sociale, pour que l'on ait la mauvaise grâce d'en exclure certains. Ainsi en est-il des Alpes, ou plutôt des Alpins. Observés de longue date, objets de la curiosité insatiable des scientifiques, ils ont rarement faits l'objet de portraits. Peut-être même ont-ils rarement été…regardés !

Les paysages qu'ils ont aménagés et qu'ils continuent d'entretenir ne cessent d'être analysés et commentés, leurs maisons (objet de ce volume de notre revue) ont été abondamment photographiées et dessinées, leurs meubles, leurs outils, leurs savoir-faire, leurs animaux domestiques même, ont été plus souvent consignés sur l'image ou sur les carnets d'ethnographes qu'ils ne l'ont été eux-mêmes. Et l'on sait que pour les opérations d'inventaire systématique du patrimoine, les opérateurs veillent scrupuleusement à éviter toute présence humaine sur les clichés qui vont constituer les archives du temps qui fuit. Roberto Neumiller ne saisit pour sa part le patrimoine que s'il constitue le cadre de vie de l'homme ou la femme dont il dresse le portrait. Au centre de tout, la vie, la personne humaine en cela qu'elle est la source de tous les patrimoines, qu'elle doit être au coeur de toute démarche de compréhension. Le photographe a su saisir des portraits exceptionnels des gens de l'alpe, reprenant l'adage qui veut que "le patrimoine, c'est d'abord les gens". Ces figures, ces personnalités, sont le seul moyen d'approche des sociétés alpines, la seule méthode de compréhension de leur vie et de leur patrimoine. Mais Roberto Neumiller veut aller plus loin. Il tente aujourd'hui d'entreprendre un parcours systématique dans les pays alpins pour saisir, à travers ses portraits, un état de la société montagnarde à l'aube du nouveau millénaire. Il voudrait ainsi compléter la démarche des chercheurs toujours en quête de l'observation du changement social et culturel. Il se pourrait qu'il les remplace, car ils semblent avoir désormais d'autres préoccupations et d'autres terrains. Ambitieuse entreprise, que l'on souhaite voir mise oeuvre et qu'une revue telle que l'Alpe ne peut qu'accompagner. Les archives patrimoniales, les collections des musées, ne sauraient être complètes sans ce portrait d'une société qui demeure, quoi qu'en pensent les nostalgiques et certains ethnologues, vivante, et donc en devenir.