Présentation
Autour de mes images
Revue l'Alpe Texte de Monsieur jean Guibal. Conservateur en chef du Musé Dauphinois.
Magazine Le Photographe
Texte de Monsieur Hervé Le Goff
rédacteur du magazine
Catalogue de l'exposition
" Inventaire de plein pieds"
Texte de Madame Isabelle Lazier Conservatrice Patrimoine du Conseil Général de l'Isère

Magazine les Affiches de Grenoble
Texte de Monsieur Jean-Louis Roux
journaliste du magazine


Magazine Geo France
Texte de Monsieur Micchel Bessaguet
journaliste du magazine
Texte de Monsieur Jean-Louis Roux



Oubliez le Vercors ! Regardez les photos ! Il y a l'image de cet arbre abattu, jeté à terre, occupant presque toute la moitié inférieur du cliché. La grume a été entièrement ébranchée, à l'exception d'une solide branche coudée, laquelle plane comme une arche sur le ciel brouillé, et semble protéger de son bras paternel un autre arbre, plus éloigné, toujours sur pied, mais mort pourrissant. N'y aurait-il que cette seule photo (prise sur le sentier des Génisses, non loin du gouffre Berger), que ce serait suffisant pour saluer l'éditeur Jacques Glénat d'avoir eu la clairvoyance de publier cet ouvrage intemporel, voire universel. Car, en dépit de son titre, le nouvel opus de Roberto NEUMILLER n'est pas un énième livre de régionalisme, mais un livre de photographie pure. Bien qu'apparemment consacré au Vercors, il ne traite, en définitive, que de la sidération dans laquelle nous jette la contemplation muette de la représentation du réel par la photographie. Connu jusque-là comme photographe de reportage, salué pour son coup d'oeil facétieux et son goût de l'humain, Roberto NEUMILLER entre ici dans une autre dimension de la photographie, dans une autre ambition même. Postulant que "les lieux ont leur propre lenteur", il a pris tout son temps, afin de faire coïncider l'image encore virtuelle qui se dessinait dans le viseur de son appareil photo, avec l'image mentale (fiévreuse, prégnante, presque obsessionnelle) qu'il logeait depuis des lustres dans son cerveau. Optant pour un noir et blanc souverain, pour une grande profondeur de champ et pour des durées de poses longues, soulignant les textures et les modelés, les lumières indécidables et les ombres sans fond, pariant sur la perte des repères et le brouillage de l'échelle des grandeurs, le photographe confère à ses paysages un relief dramatique prodigieux.

Enrichi par un impeccable format carré et par une mise en page qui démontre une vraie intelligence de l'image, cet ouvrage empoigne littéralement. Dénuées de toute anecdote, de tout pittoresque, de toute littérature même (hormis un texte liminaire empreint de tendresse fraternelle), les prises de vue - à l'instar de celles des grands noms de la photographie américaine de la moitié du XXe siècle, dont bien entendu Ansel ADAMS - font preuve d'un réel souci descriptif, d'une véritable précision dans la définition; mais par un retournement propre à la photographie, la désignation matérielle du réel débouche en dernière instance sur un sentiment d'immatérialité (pour ne pas parler de spiritualité ou de transcendance).
La densité des noirs profonds, le grain presque palpable des nuages et des brumes, la véhémence (racines, branches et rochers), le chaos de la terre meuble et des mousses, le feuilleté des fougères et des herbes, les anfractuosités de l'écorce et des souches, l'aspect vaporeux et cotonneux de l'eau vivre : à partir d'une contemplation pénétrante de la nature, Roberto NEUMILLER s'interroge sur la mécanique hypnotique de l'image, ce piège à regards que constitue la photographie; en même temps que les clichés savent admirablement nous communiquer cette énigme : que ledit réel excédera toujours toutes les représentations qu'on en peut faire... mais qu'il a besoin de sa représentation, pour nous faire prendre conscience de son excès, de son surcroît. Confronté au mystère de l'image, le regard (fasciné, médusé) bute sur ce qu'il voit .