Présentation
Autour de mes images
Revue l'Alpe Texte de Monsieur jean Guibal. Conservateur en chef du Musé Dauphinois.
Magazine Le Photographe
Texte de Monsieur Hervé Le Goff
rédacteur du magazine
Catalogue de l'exposition
" Inventaire de plein pieds"
Texte de Madame Isabelle Lazier Conservatrice Patrimoine du Conseil Général de l'Isère

Magazine les Affiches de Grenoble
Texte de Monsieur Jean-Louis Roux
journaliste du magazine


Magazine Geo France
Texte de Monsieur Micchel Bessaguet
journaliste du magazine
Texte de Madame Isabelle Lazier

En 2006, lorsqu’il accepte de réaliser un travail photographique dans le cadre de l’opération « Patrimoine en Isère. Valbonnais Matheysine, Beaumont, Pays de Corps », il voit là l’opportunité de réaliser un vieux rêve : tenter un inventaire des femmes et des hommes du XXIe siècle, dans les Alpes, en réalisant des séquences de portraits. Cette commande, de nature artistique, lui laisse en effet toute latitude pour développer une création originale, sous la seule réserve qu’elle naisse dans le territoire étudié. Avant lui, le photographe allemand August Sander (1876-1964) avait exploré ce domaine. Fort de ce travail de référence, Roberto Neumiller pense son projet dans une double perspective. Celle de l’inventaire tout d’abord : il s’agit de donner à voir des femmes et des hommes en situation de vie quotidienne ou d’activité professionnelle, saisis « comme ils sont » au moment de la rencontreª; les images seront datées, référencées et documentées, comme autant de traces précieuses pour les ethnographes. Celle du projet esthétique ensuite, qui lui permettra d’exprimer très librement sa sensibilité et sa passion créatrice, en usant d’un parti pris photographique singulier, qui donnera à ses images un statut d’œuvre à part entière. Pour réaliser ces photos « plein pied » (qui désigne en photographie un cadrage du sujet vu dans son ensemble, de la tête aux pieds), il doit longuement préparer chaque prise de vue. Ce cadrage, peu usité dans la photo contemporaine, requiert en effet la mise en œuvre d’une technique très particulière. Tout d’abord, l’appareil utilisé est une chambre (un grand format) qui ne peut être utilisée qu’une fois installée sur un trépied, dans un environnement choisi, souvent éclairé par une source artificielle. Il convient ensuite de rechercher l’environnement idéal, de caler la lumière et d’installer le modèle face à l’objectif. Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, l’expression de la vie et de l’émotion appartient au talent de l’artiste, mais aussi à la confiance que lui accordera ou non la personne invitée à figurer. Pour débuter son inventaire, Roberto recueille quelques conseils sur les personnes à rencontrer, puis part à la découverte du territoire, guidé par sa seule intuition à la recherche de ses « gens », qu’il saura convaincre et séduire grâce à sa faconde et à la confiance qu’il sait inspirer.

Pour fixer l’identité de ses personnages, Roberto s’attache à les photographier dans leur environnement quotidien de travail ou de vie. L’espace est soigneusement choisi pour faire sens et donner au candide l’impression d’un espace de vie familier : le mur de paille pour les agriculteurs, le tronc d’un arbre incurvé sur fond de feuillage pour les gardes forestiers. Parfois un accessoire est là pour renforcer la puissance de l’image et la force du témoignage : le sécateur du vigneron, l’écharpe du maire-paysan. Figée dans une immobilité comparable à celle d’un modèle posant pour un peintre, la personne photographiée se livre toute entière au regard pénétrant de l’appareil photographique. Si parfois un objet lui donne le prétexte d’une position, l’amorce d’une contenance, le plus souvent l’objectif plonge directement dans l’âme de la personne, révélant de manière tendre, parfois cruelle, les tréfonds de sa personnalité. La succession des poses frontales, évoquant une galerie de portraits, risquait, malgré l’image d’un bonheur tranquille dont témoignent les modèles et l’ambiance chaleureuse que dégage chaque scène, de suggérer une forme d’hommage quelque peu rigide. C’est sans doute la raison pour laquelle, Roberto Neumiller a introduit dans ses portraits des composites, juxtaposition d’images qui redonnent du mouvement à l’ensemble : la montée à l’alpage du Senépi, le marché de La Mure, la fête du 15 août, jusqu’à ces planches de végétation de talus où se glissent subrepticement des symboles de notre civilisation. Nous sommes bien là dans le temps et dans l’espace d’un territoire qui nous est familier. Chaque époque a sa poésie; seuls les artistes peuvent en témoigner. Roberto Neumiller nous en propose ici une démonstration magistrale, nous montrant combien peuvent être grands les femmes et les hommes dans la simple mise en scène de leur quotidien. La justesse du point de vue et la beauté modeste de chaque image rangeront sans doute cet « INVENTAIRE de plein pied » au rang de travail de référence, aussi bien dans le monde de la photographie que dans celui du patrimoine. Mais le plus bel hommage rendu à Roberto Neumiller, c’est à la population de Matheysine de le lui offrir, un simple hommage de reconnaissance et d’amicale complicité, venu du cœur.