Présentation
Autour de mes images
Revue l'Alpe Texte de Monsieur jean Guibal. Conservateur en chef du Musé Dauphinois.
Magazine Le Photographe
Texte de Monsieur Hervé Le Goff
rédacteur du magazine
Catalogue de l'exposition
" Inventaire de plein pieds"
Texte de Madame Isabelle Lazier Conservatrice Patrimoine du Conseil Général de l'Isère

Magazine les Affiches de Grenoble
Texte de Monsieur Jean-Louis Roux
journaliste du magazine


Magazine Geo France
Texte de Monsieur Micchel Bessaguet
journaliste du magazine
Texte de Monsieur Michel Bessaguet



Quatre ans. Quatre ans, avec sa chambre photo sur le dos, au pas de l’escargot mais avec l’entêtement de la mule. Au gré de ses humeurs et des climats de ces Préalpes culminant, pour la froide géographie, au Grand Veymont, à 2341 mètres exactement, Roberto Neumiller a arpenté par tous les temps et par toutes les pentes, le territoire de l’enfance. Aussi pudique que les falaises de ce monde de plateaux et de vertiges faits de calcaire, entre Drôme et Isère, le reporter a photographié en noir et blanc, tel que personne ne le voit jamais, l’envers du Vercors. Le sien donc. «J’ai enterré le montagnard pour laisser la place à l’amoureux» dit-il, rappelant que, précipité à 4 ans par son père gitan et sa mère bretonne à Grenoble, il connaît d’abord les pique-niques avec sa grand-mère au bois des Vouillants et que c’est à ce moment là que le massif entre dans sa vie. L’initiation continue, adolescent, dans les dancings de Villars-de-Lans - «une vraie ville, avec un casino» - puis, sous l’uniforme du service militaire et de l’Artillerie de montagne, par les chemins escarpés des falaises de Presles où il promènera sa mitrailleuse. Comme le firent, mais dans le sacrifice de l’héroïsme, les Résistants du maquis écrasés en juillet 1944 par les Waffen SS.
Avait-il assez couru la caillasse des Crêtes de Comblezine, battu les sentes coupe-souffle du Roc de Toulau ? Quand la photographie le happe en 1975, elle pousse Neumiller d’abord vers ses racines, les Manouches, qu’il suit pendant trois ans au départ de Sassenage, ville-porte du Vercors. Puis vers d’autres réprouvés, les vieillards de l’hospice du Perron à St-Sauveur. Au fil de ses reportages, du sommet des pylônes d’EDF et des tours de refroidissement des centrales nucléaires, à niveau d’homme ensuite dans les déserts sahéliens ou chinois, Neumiller qui se penche en frère sur le monde paysan, retourne sans cesse à son Vercors comme un marin à son port. Mais sans même songer à y emporter ses appareils. «Je voyais trop les paysages pour les photographier». Il préfère visiter ses copains vertacomiriens - habitants du lieu, ainsi les nomme t-on-, et leurs casse-croûtes servis au milieu «du beau, du bonheur, du bon air», soit au mitan même de 186 000 hectares, dont 100 000 de hêtres de chênes et de sapins, flanquées de plateaux, cirques, combes, gouffres, grottes.
Jusqu’au hanneton qui, en 2001, déclenche tout. Pris sur l’ongle de son pouce avec un objectif macro, l’insecte guide le photographe vers le minuscule, un profil fantastique dans l’écorce des arbres de Chalimont, les feuilles mortes et les lichens des Coulmes, puis vers le mouvement des eaux, les frissons d’une flaque de neige dans la forêt de Chichilianne, les chevauchées des cascades du canyon des Ecouges. Enfin, levant les yeux sur le Mont Aiguille et les arêtes des Deux Sœurs, il commence alors ses interminables «entretiens photographiques» avec le Vercors. Equipé de son trépied et d’un Rolleicord, puis plus tard d’une chambre, Neumiller entreprend de grimper dans ses montagnes «autant de fois qu’il le fallait car les lieux ont leur propre lenteur» et d’attendre dans la sérénité les «accidents et les déchirures de la météo». «C’était une sorte de combat avec les nuages et la lumière qui seule donne de l’émotion. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise saison, de toute façon. Je cherchais des atmosphères un peu comme dans le tableau de Brueghel, «la journée sombre» avec les arbres pelés de janvier, le ciel menaçant. Peu à peu, s’est construit une intimité, puis un livre ». Et au final, il fallut, dans son esprit, conquérir un massif qui possède une beauté tout en rondeurs. « Avec la chambre panoramique, conclut Roberto, je voulais, en jouant avec les ombres montrer quelque chose de grand, sans faire dans le grandiloquent. Des mois pour photographier les Deux Sœurs, des mois pour le Mont Aiguille…» Et au bout de ce regard de sculpteur de paysage, le village de Valchevrière, d’où émerge la chapelle dans un tranquille océan de verdure. Valchevrière, village-martyr incendié par l’armée nazie et la douleur. Valchevrière, le bonheur champêtre…