Oubliez le Vercors !
Regardez les photos !
Il y a l'image de cet arbre abattu, jeté à terre, occupant presque toute la moitié inférieur du cliché.
La grume a été entièrement ébranchée, à l'exception d'une solide branche coudée, laquelle plane comme une arche sur le ciel brouillé, et semble protéger de son bras paternel un autre arbre, plus éloigné, toujours sur pied, mais mort pourrissant. N'y aurait-il que cette seule photo (prise sur le sentier des Génisses, non loin du gouffre Berger), que ce serait suffisant pour saluer l'éditeur Jacques Glénat d'avoir eu la clairvoyance de publier cet ouvrage intemporel, voire universel. Car, en dépit de son titre, le nouvel opus de Roberto NEUMILLER n'est pas un énième livre de régionalisme, mais un livre de photographie pure. Bien qu'apparemment consacré au Vercors, il ne traite, en définitive, que de la sidération dans laquelle nous jette la contemplation muette de la représentation du réel par la photographie.
Connu jusque-là comme photographe de reportage, salué pour son coup d'oeil facétieux et son goût de l'humain, Roberto NEUMILLER entre ici dans une autre dimension de la photographie, dans une autre ambition même. Postulant que "les lieux ont leur propre lenteur", il a pris tout son temps, afin de faire coïncider l'image encore virtuelle qui se dessinait dans le viseur de son appareil photo, avec l'image mentale (fiévreuse, prégnante, presque obsessionnelle) qu'il logeait depuis des lustres dans son cerveau. Optant pour un noir et blanc souverain, pour une grande profondeur de champ et pour des durées de poses longues, soulignant les textures et les modelés, les lumières indécidables et les ombres sans fond, pariant sur la perte des repères et le brouillage de l'échelle des grandeurs, le photographe confère à ses paysages un relief dramatique prodigieux.
|